Qu’est-ce que la cartographie thématique ?

Définitions et problématiques

Premier abord

Une « carte thématique » est une carte qui porte de l’intérêt sur un thème particulier ou sur un espace délimité. Cette caractéristique se situe à l’opposé des cartes de référence générales, qui, le plus souvent, montrent une variété de phénomènes – géologiques, géographiques ou politiques – en même temps. L’opposition entre ces deux types de cartes repose sur le fait que la carte thématique utilise des données de base, telles les lignes de côte, les frontières politiques et des noms de lieux, uniquement comme points de référence pour la cartographie d’un phénomène. La description des données de base (formes du terrain, voies de transport, habitations et autres), est le but même d’une carte générale.

Les cartes thématiques insistent sur une variation spatiale d’un petit nombre de distributions géographiques. Ces distributions peuvent être des phénomènes naturels tel le climat, ou des caractéristiques humaines comme la densité de population ou des questions de santé public. Alors que les cartes de référence générales situent quelque chose dans l’espace, les cartes thématiques racontent une histoire sur cet espace.

Les cartes thématiques sont parfois identifiées à des essais graphiques qui décrivent des distributions spatiales et les interrelations de ces distributions. La localisation est, bien évidemment, importante, en tant que référence pour comprendre l’espace où les phénomènes décrits se produisent.

Matérialisation et communication

Lorsqu’ils dessinent une carte thématique, les cartographes doivent peser un certain nombre de facteurs afin de représenter de manière efficace l’information. Au-delà de la précision spatiale et l’esthétique, entrent en jeu les particularités de la perception visuelle ainsi que le format sur lequel la carte est amenée à être présentée.

L’audience est également importante. Comprendre qui va « lire » la carte thématique et pour quelle raison, permet de définir comment celle-ci sera construite. Un politiste préfèrera peut-être une information cartographiée avec des frontières entre les Etats clairement identifiables (cartes choroplèthes). Un biologiste pourrait être intéressé par les frontières politiques, mais les données biologiques ne coïncident pas forcément avec les limites spatiales imposées par les humains. Dans ce cas, une carte dasymétrique illustrera l’information recherchée en plus des frontières qui rendent, dans le même temps, la localisation plus facile.

Autrement dit, les concepts de materialization et d’information sont déterminants pour la cartographie. Ils précisent la définition générale de la carte en tant que « représentation graphique », en même temps qu’ils lui procurent un enjeu propre.

Approfondissement

Aussi général que puisse paraître une information cartographique, une telle caractéristique ne peut être comprise qu’en considérant le contexte de production de la carte. En dehors de ce contexte, toute carte d’informations générales peut devenir une autre forme de carte thématique. Le cadre de la production cartographique se reflète donc à la fois dans la matérialisation et dans la communication d’une carte. « Même les cartes “scientifiques” sont un produit non seulement des règles de la géométrie et de la raison, mais également des normes et des valeurs d’une tradition sociale.” (John Brian Harley).

La cartographie est un outil qui nous permet d’imaginer et de façonner l’espace humain. D’où sa multiplicité : pour un même phénomène, on peut produire autant de cartes qu’il y a d’interprétations du même phénomène. La cartographie n’est donc jamais neutre et doit être abordée de manière critique. « La carte, une représentation qui rétrécit de vastes étendues, est une image estropiée de la réalité, une sorte de mensonge par omission » (Philippe Rekacewicz). La cartographie seule n’est certainement pas suffisante pour comprendre la réalité. En cela, toutefois, elle ne diffère pas des autres registres de communication.

Dans le même temps, la cartographie est aujourd’hui un moyen puissant pour transmettre un discours. Poussée notamment par les avancées technologiques en matière de communication, l’imagerie cartographique cesse d’être un outil accessoire. Elle sort de l’environnement des « experts » et envahit de plus en plus le débat public. La production de cartes n’a jamais été aussi grande que nous la connaissons aujourd’hui.

Toutefois, en l’absence d’une éducation des sociétés à ce moyen de communication, les concepts et les utilisations dominantes du langage cartographique risquent de s’éloigner des innovations requises par les développements dynamiques du territoire. Il est donc impératif de redéfinir l’utilisation de la carte afin de parvenir à une gestion plus équitable de l’espace humain.